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L'ancien sélectionneur des Bleus ne sera resté qu'un mois et demi en poste à Nantes

Domenech viré après 8 matchs, c'est loin d'être une première

par Gildas Devos
11/02/2021 à 15h07

Raymond Domenech vient de quitter le banc du FC Nantes après un bilan désastreux. Mais d'autres avant lui avaient connu pareilles mésaventures, et non des moindres.

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Il avait fini par craquer. Après dix années sans banc, depuis le désastre de Knysna, et alors qu'il n'avait plus entraîné un club depuis 1993, Raymond Domenech, qui entre temps était devenu chroniqueur dans ces médias qui lui avaient pourtant mené une vie terrible lorsqu'il dirigeait les Bleus, avait répondu positivement début janvier à l'appel de Waldemar Kita, le président du FC Nantes, qui venait de limoger Christian Gourcuff. En devenant le dix-neuvième entraineur nommé en quatorze années par l'homme d'affaire franco-polonais, l'ancien technicien lyonnais savait qu’il prenait un risque. Malheureusement, après seulement huit matchs, pour quatre nuls et quatre défaites, il a duré encore moins longtemps que les autres. Mais n'était-ce pas prévisible ?

Kita, le Zamparini français


Avec son appétit vorace d'entraîneurs, Waldemar Kita, qui avait également limogé Miguel Cardoso après seulement huit matchs (trois succès) en octobre 2018, mais aussi Jean-Marc Furlan en février 2010, après neuf matches dont deux gagnés, est en train de devenir le Maurizio Zamparini français. Celui qui a dirigé le club de Palerme entre 2002 et 2007, après avoir été le propriétaire de Venise durant les quinze années précédentes, a changé 47 fois d'entraîneurs en seulement 30 ans, dont 36 fois sur le banc du club sicilien, mais en en consommant « seulement » 28, puisque plusieurs d'entre eux ont effectué des allers-retours. Lors de son départ en mars 2017, il en était à quatre techniciens... durant la saison en cours. Dans sa liste de « victimes » figurent plusieurs noms qui accrochent l'oreille, comme ceux de Walter Zenga, Francesco Guidolin, appelé quatre fois entre 2003 et 2007, Stefano Pioli, Gian Piero Gasperini, Gennaro Gattuso, Alberto Malesani... presque toute la profession italienne y est passé. Durant la saison 2015-16, son avant-dernière, il en utilise huit, un record national. Au final, ses entraîneurs auront donc eu une espérance de vie de cinq mois environ. Une durée qui paraît presque élevée par rapport au destin de certains.

L'année de trop de Guy Roux


Évidemment, Domenech ou Cardoso n'auront pas été les premiers et ne seront pas les derniers à ne pas avoir le temps de défaire leurs valises avant de repartir, que ce soit à Nantes ou ailleurs. Tout le monde n'a pas pu bénéficier de la patience de leur board avant de pouvoir mettre en place leur projet, comme sir Alex Ferguson, qui avait terminé sa première saison à Manchester à la douzième place du championnat d'Angleterre, et qui n'avait mis pas moins de sept saisons pour remporter le premier de ses treize titres. Parmi les plus célèbres de ces entraîneurs éphémères, on peut évoquer celui que beaucoup ont pourtant souvent comparé au sorcier écossais par sa longévité, Guy Roux. Entraîneur plus qu'emblématique d'Auxerre entre 1961 et 2005, dont les vingt-cinq dernières saisons en première division, avec un titre de champion, une demi-finale de Ligue des Champions et quatre Coupes de France à la clé, il avait pris sa retraite après avoir gagné cette dernière, en 2005. Deux ans plus tard, à l'appel de Gervais Martel, président d'un RC Lens qui joue alors les premiers rôles sur le plan national, il replongeait. Mais, après un peu plus de deux mois plus tard, deux points en quatre matches de championnat et une place de relégable, il finissait par renoncer. On ne l'y reprendra plus, mais son histoire ressemble à celle de Raymond Domenech sur un point : éviter autant que possible de faire l'année de trop.

Beckenbauer échoue prématurément à l'OM, Giresse au PSG


À un degré moindre, parmi les grands noms qui n'auront pas été au bout d'une aventure, on peut évoquer celui de Franz Beckenbauer, appelé en 1990 par le président de l'OM, Bernard Tapie après une Coupe du Monde gagnée avec la RFA. Malgré un bilan plutôt honorable (64 % de victoires) mais quatre défaites en 14 matches de championnat et une à Poznan (2-3) en Coupe des Champions, le Kaizer est limogé par le patron marseillais en décembre de la même année, et remplacé par Raymond Goethals, qui emmènera le club en finale européenne cette saison-là. Hormis deux piges dans son club de toujours, le Bayern, il ne sera plus jamais entraîneur par la suite. 

Autre grand nom qui aura vécu un passage express sur un banc, Alain Giresse. Recruté au PSG par Charles Biétry en 1998, alors que Canal + venait de retirer ses billes du club après sept années réussies, il bat d'entrée le champion lensois lors du Trophée des Champions (1-0). Mais le désastre contre le Maccabi Haïfa, qui sort d'entrée le club parisien de « sa » Coupe des Coupes, et les quatre défaites en huit matchs (pour trois succès) en Ligue 1, ont raison de l'ex technicien toulousain, viré mi-octobre. Preuve s'il en fallait que grand joueur ne signifie pas nécessairement grand entraîneur.

Chez les sélectionneurs français, l'ancien glorieux buteur des Bleus en 58, Just Fontaine, dirige seulement deux matchs pourtant compliqués, en Roumanie (1-2) puis en URSS (2-4), en mars et juin 1967. Dans une décennie catastrophique pour le football français, il n’est pas le seul à ne pas réussir à redresser la barre des Tricolores. Ses prédécesseurs, le duo Snella/Arribas, n'avaient gagné que deux matchs,pour deux défaites, et son successeur, Louis Dugauguez, ne gagne que deux de ses neufs matchs. Ils ont tous un point commun avec Raymond Domenech, qui lui aura tout de même duré six années à la tête des Bleus : bon ou mauvais sélectionneur, vous ne pouvez rien faire si vous tombez sur une génération de joueurs moyenne, voire médiocre. Cela s'applique pour lui aussi à propos de sa courte expérience nantaise, durant laquelle il n'aura pas su faire de miracle avec un effectif limité qualitativement.

En Espagne ou en Italie aussi, peu de temps est accordé aux entraîneurs


A l'étranger, la valse des entraîneurs est tout aussi sévère, voire plus. Gian Piero Gasperini, durant l'été 2011 sur le banc de l'Inter Milan, n'aura eu le temps que de prendre un point en trois matches de Serie A, de perdre contre Trabzonspor en Ligue des Champions et de laisser la Super Coupe d'Italie au grand rival milanais pour prendre la porte dès la fin septembre. Depuis, il a démontré à Bergame qu'un échec n'était pas synonyme de médiocrité.

En Espagne, José Antonio Camacho, n'aura dirigé que six matchs sur le banc de « son » Real Madrid durant l'été 2004, dont trois de Liga, pour quatre victoires et deux défaites. Marcelo Bielsa, a fait un passage express à l'Espanyol Barcelone, lui qui a été viré au bout de... un match (gagné !) de championnat et six de Coupe Intertoto, en août 1998. Coutumier du fait, il n'a dirigé que 13 matches à Lille fin 2017. Cesare Prandelli, ancien sélectionneur italien pendant cinq ans, a lui tenu dix matches à Valence fin 2016 avant de prendre la porte. La preuve aussi qu'un statut ne protège pas d'un funeste destin sur n'importe quel banc. Mais que dire de celui de Julen Lopetegui ? Sélectionneur plutôt séduisant de la Roja, il est limogé à deux jours du début de la Coupe du Monde 2018 à cause de l'annonce de sa signature au Real Madrid. Mais lors de la saison suivante, il est viré au bout de dix matches de championnat et après cinq rencontres sans succès consécutifs. Depuis, il s'est largement relancé au FC Séville, à qui il a apporté une nouvelle Ligue Europa et une super Coupe d'Europe. Des accidents qui renforcent et démontrent à quel point la relation avec ses dirigeants, et la nature du club que vous entraînez, entrent au moins aussi largement en ligne de compte que vos propres résultats.
tags Domenech, Guy Roux, Beckenbauer, Giresse, Gasperini

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